Séminaire Smart Governance 2018 : Déconstruire les idées reçues

Les open data et l’utilisation des données publiques sont encore source de nombreuses incompréhensions et perceptions erronées, pour ne pas parler de préjugés négatifs.

Pour “déconstruire les idées reçues”, FuturoCité avait invité trois observateurs à venir exposer des arguments concrets.

Parmi les perceptions – on ne parle pas ici d’“idée reçue” mais plutôt de crainte et de facteur démotivant -, il y a cette conviction ou ce soupçon largement répandu que les open data sont surtout exploitées par de grandes sociétés commerciales, les GAFA ou autres.
Comment, dès lors, un pouvoir local pourrait-il jouer à armes égales, défendre ses intérêts, voire combattre cette omnipotence. Pour Pascal Poty, expert à l’Agence du Numérique, il y a en effet là une nécessaire prise de conscience : “il faut se souvenir que l’on traite avec des acteurs non élus, arrivés sur l’espace public qu’ils contribuent à privatiser. Les villes et métropoles se sont retrouvées très démunies face à ce phénomène.” Elles se trouvent en fait désavantagées, minorisées dans les termes des contrats. “Les partenariats, par exemple avec Waze, présentent certes des avantages [pour les pouvoirs publics et les concitoyens] mais ils sont souvent déséquilibrés en termes d’utilisation des données. Tout simplement parce que la question de la propriété de l’algorithme se pose, de même que celle de sa neutralité.”

Comment dès lors réagir et “maîtriser les effets de bord” indésirables ? Comment les villes et communes peuvent-elles préserver ou retrouver un véritable contrôle de leurs données ? L’un des outils pourrait être, selon lui, le concept de “closed data” à introduire dans les cahiers de charges. Ou encore la création de “services publics métropolitains de la donnée, la définition juridique de ce qu’est la donnée d’intérêt territorial, afin d’en arriver à des partenariats équilibrés, qui débouchent sur de réels services. C’est ce que le citoyen attend in fine.”

Au-delà de l’open data pure et dure, il y a aussi un chantier à engager. Celui des “cadres de confiance”. “Certaines données n’ont pas forcément pour vocation à devenir open. Par exemple dans des perspectives verticales – énergie, mobilité… Le tout est de se mettre d’accord pour équilibrer les choses, pour échanger des données avec le privé mais dans des cadres qui restent fermés et qui auront pour vocation, pour partie, à fournir de l’open data mais, pour grande partie, à créer du service.”

Pour les villes et communes, les open data peuvent aussi être des opportunités, en tant qu’acteurs de la sphère économique. “Dans le chef des pouvoirs publics, faire la promotion de l’open data, c’est inciter les entreprises à se lancer dans l’offre de nouveaux services”, soulignait pour sa part Philippe Dedobbeleer, responsable business development chez Belfius.
“Si on ne le fait pas, d’autres le feront – ou le font déjà – et créent des choses sur lesquelles on n’aura aucune maîtrise. Au lieu de se plaindre qu’il n’y a pas assez de jeunes entreprises qui se créent chez nous en matière informatique, choisir cette démarche, ce type de soutien – qui n’est pas financier mais un support de matière première – est quelque chose de potentiellement considérable pour de jeunes sociétés et pour leur permettre de se déployer à l’étranger.”

Autre idée fausse que se font les pouvoirs locaux : le côté non-obligatoire d’une évolution vers l’open data.
Or un décret wallon a été signé et approuvé au Parlement. Même si les arrêtés d’exécution se font attendre, l’open data deviendra une obligation. “Il faut dès lors voir les choses autrement”, conseille Nicolas Himmer, Smart City manager et DPO (data protection officer) de la Ville de Namur. “Il faut déterminer leur intérêt et surtout les opportunités qu’elles peuvent apporter aux différents services, aux citoyens, aux entreprises privées, aux associations… Et cela, afin de développer des plates-formes de données ouvertes. Il ne faut pas attendre que l’obligation soit effective. Les preuves existent qu’il y a là non seulement un intérêt certain, une valeur ajoutée, économique, sociale, mais aussi un enjeu démocratique.”

Quid de la “valeur” de l’open data ? Faut-il y voir un outil pouvant amener des espèces sonnantes et trébuchantes dans les caisses des villes et communes ? Faut-il ou est-il judicieux de monétiser l’open data ? Pascal Poty (AdN) parle de fantasme : “A part quelques organisations très spécialisées, en statistiques notamment, qui arrivent à dégager de la valeur sur les données, le raisonnement “je vais vendre des données” ne tient pas. On peut certes imaginer des conditions d’utilisation via la licence mais c’est là un problème juridique. Le cadre légal qui va être mis en œuvre en Wallonie est celui de l’utilisation par défaut des open data publiques qui seront gratuites.”

Autre erreur de perception qui peut avoir des conséquences graves : le sentiment qu’une fois les données mises à disposition, leur exploitation, leur “consommation” – par le grand public ou les entreprises – ira de soi.
“Les choses ne se feront pas naturellement”, estime Pascal Poty. “On constate que le taux de réutilisation reste faible. Il faut dès lors imaginer et mettre en œuvre des actions de médiation numérique sur la donnée. Eventuellement en travaillant dans des espaces de confiance avec les acteurs privés.”
Selon lui, l’animation sera par ailleurs plus efficace si les acteurs locaux se coalisent, entre communes d’une même zone, entre villes par-delà les distances géographiques…

Dernier mythe que les participants de la table ronde ont tenu à démentir : les risques pour la vie privée. Nicolas Himmer y voit clairement une idée reçue sans fondement : “quand on fait de l’open data, on n’édite pas et on ne met pas à disposition des données à caractère personnel. On agrège des données, on travaille avec des données anonymisées et on les met ensuite à disposition – que ce soit au simple citoyen ou à des entreprises. Si on respecte à la fois la loi et le bon sens, il n’y a donc aucune contradiction entre GDPR (Règlement européen sur la Protection des Données) et open data.”

 

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