Séminaire Smart Governance 2018 : La valeur des données

Une donnée est un élément brut, factuel, non encore “interprété”, une description élémentaire d’une réalité observable, une représentation du monde réel (sous forme de chiffre, nombre, mot, image, son…). Une donnée peut être discrète ou continue, statique ou dynamique et évolutive.

Une information, quant à elle, est le résultat d’une interprétation (enrichissement, contextualisation…) d’une donnée. Elle est donc potentiellement influencée par le contexte, notre vécu personnel, notre bagage de connaissances, notre perception des choses.

Les données, cette matière brute que l’on considère de plus en plus comme le “carburant” de l’économie, recèlent en elles une richesse cognitive potentielle qu’il s’agit tout d’abord de discerner, d’identifier, de comprendre avant de l’analyser, la transformer, l’exploiter.

Les exemples d’utilité et d’usages sont légion, quel que soit le domaine, quel que soit l’acteur, quel que soit le destinataire.
Nombre d’exemples ont ainsi émaillé la journée organisée par FuturoCité. En voici un petit éventail.

Les données au service du commerce – de proximité, notamment

Pour décider d’une implantation nouvelle, un commerce peut utilement se servir des données disponibles pour déterminer le volume ou la qualité de sa chalandise potentielle : cadastre des cellules vides, carte démographique et concentration de population, informations de fréquentation des quartiers via des données de mobilité ou de sollicitation des antennes GSM, informations sur les services de transport public (fréquence de desserte, taux de remplissage des véhicules, variations saisonnières, heures creuses…), agenda des événements locaux (braderies, marchés, activités culturelles ou sportives…).
Recouper, agréger et interpréter ces données de natures et sources différentes peut mener à de multiples perceptions et pistes d’action nouvelles.

Le même raisonnement et la même démarche valent également pour d’autres types d’activités – culturelles, publiques, sportives, associatives… – et pour les entreprises ou industries envisageant de s’établir sur un territoire.

Les données au service d’une mobilité plus efficiente

L’un des exemples cités fut celui de la stratégie open data de la communauté d’agglomération de Paris-Saclay (qui regroupe 27 communes représentant une population d’environ 300.000 habitants). Une “communauté d’agglomération” peut être comparée à une intercommunale belge.

Les premiers jeux de données proposés en open data concernaient des données démographiques. Aujourd’hui, le portail open data « expose » plus de 130 jeux de données, dont ceux concernant les arrêtés de voirie et qui allaient inciter un acteur privé d’un genre nouveau – Waze – à s’y intéresser et à conclure un partenariat avec la communauté d’agglomération.

En combinant les données statiques de la communauté d’agglomération (travaux, modification de sens de circulation, manifestations…) avec les données dynamiques, temps réel, de circulation collectées par les utilisateurs de Waze, il a été possible de générer un observatoire du trafic, de produire différents tableaux de bord sur les conditions de trafic. Les données sont mises à la disposition de toute une série d’acteurs : services techniques communaux, services d’affichage urbain, d’aménagement urbain, services d’urgence, acteurs commerciaux…

A Rennes, la société Data2B a quant à elle développé une solution pour l’opérateur de bus Keolis qui, sur base des données collectées (données météo, événements urbains, historique de validation des billets…), permet de prédire le taux de remplissage des bus. L’usager peut mieux gérer ses propres déplacements (en choisissant une heure plus propice) tandis que l’opérateur peut mieux “dimensionner” le service (fréquence, véhicules plus petits ou plus grands…).

Les open data, au service de la gestion énergétique

La collecte, mise à disposition et analyse de données ouvertes portant sur la consommation énergétique (électricité, mazout, gaz, eau…) des bâtiments est un exemple classique d’application de l’open data. Cela permet par exemple à une municipalité de gérer plus efficacement son parc de bâtiments, d’affiner ses opérations de rénovation et de réaliser potentiellement de belles économies.
L’analyse des consommations mise en corrélation avec le taux et les finalités d’occupation permet non seulement d’optimiser les utilisations qui en sont faites mais aussi de définir une réelle politique de destination des lieux.

Mais l’exploitation d’open data peut aussi permettre de décider avec davantage de pertinence de certains aménagements voire des stratégies énergétiques d’une entité, de mieux connaître la situation et les potentiels de son territoire.
La Ville de Namur a par exemple recours à la solution d’OpenDataSoft pour analyser (outils de visualisation à la clé) le potentiel photovoltaïque des différents quartiers de la ville.

Les open data, au service… des tâches administratives

Très tôt, la commune d’Andenne s’est convertie aux open data. Si un meilleur service aux citoyens et aux acteurs du territoire était bien entendu l’un des objectifs, les premiers bénéficiaires identifiés furent les services internes.
Marc-Laurent Magnier, responsable ICT de la commune, expliquait ainsi que la création d’une base de données centralisées (AndenneDB) a eu pour premier but de pallier une situation où les données étaient éparpillées dans différents services, parfois de manière redondante ou lacunaire, avec des erreurs et un manque de cohérence, des rythmes de mise à jour disparates…

Après concertation de tous les acteurs sur la meilleure structuration possible des données et une réflexion sur les usages et modes d’utilisation, il est désormais possible à tous (services internes, commerçants, associations…) de mettre à jour leurs propres données. Les gains en qualité (exactitude, actualité, complétude) des données et le fait qu’elles soient centralisées permettent en outre à l’administration communale de les utiliser pour diverses finalités : publipostage, campagnes d’information, diffusion ciblée, analyses socio-démographiques ou socio-économiques…

Andenne exploite désormais ses open data :

  • pour réaliser des économies en termes d’impression de guides (sociaux, commerciaux, touristiques…) qui sont désormais générés « sur mesure »
  • pour alimenter des services et applications sur smartphone
  • pour alimenter les différents sites Internet de la commune : Andenne Tourisme, Shop in Andenne, promAndenne (entreprises, artisanat, construction), andenne.be
  • pour alimenter les applis de balade numérique
  • pour alimenter Be-Alert (un service national qui permet aux autorités de diffuser des messages à la population et à des acteurs-clé tels que médecins ou directeurs d’écoles en cas de situation d’urgence).

Les open data, comme outil de “marketing” territorial

L’exemple d’Andenne démontre que se lancer dans l’open data permet de faire le bilan de l’existant, des procédures, des lacunes, des champs d’amélioration. Lors de cet exercice, les jeux de données sont “nettoyés”, rendus plus cohérents et pertinents. La ville ou la commune y gagne ainsi en connaissance de sa propre situation et de ses potentiels.
Chose que confirme Fanny Goldschmidt, Area Sales Manager chez OpenDataSoft, sur base de plusieurs projets réalisés pour le compte de municipalités françaises. “Comprendre quelles données pourraient être utilisées en interne permet de découvrir ses propres ressources et trésors méconnus.”

Elle soulignait en outre l’intérêt que représente les open data pour le « marketing » territorial, autrement dit pour sa promotion. Elles permettent de mettre en exergue ses spécificités ou ses réalisations. Par exemple, publier et rendre visibles les résultats financiers d’un territoire permet d’attirer l’attention et d’inciter de nouvelles entreprises à venir s’y implanter. Idem en rendant compte de certaines opérations d’aménagement du territoire, tels que le déploiement de la fibre optique.
Publier ses collections muséales permet d’élargir la portée de ces collections et d’attirer un plus large public.

Analyse similaire dans la bouche de Philippe Dubernard, responsable AI & Cognitive Center of Excellence chez IBM Belgique. « Le fait de rendre une offre open data visible, dynamique, exerce également un pouvoir d’attractivité pour des investisseurs. C’est un bon moyen de montrer aux investisseurs que l’on maîtrise son sujet, ses projets smart city – en matière de gestion d’un territoire, de mobilité, de sécurité… C’est donc là quelque chose d’important pour le développement de l’économie locale et de l’emploi… »

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